Les Bas-Fonds

 

Les Bas-Fonds, conçus en même temps que Les Petits Bourgeois, est considéré comme le chef-d’œuvre dramatique de Gorki. Stanislavski, le premier, en avait assuré la mise en scène. Dans Ma vie dans l’art, il s’étend longuement sur les problèmes que la pièce lui avait posés.

« Vivement intéressés par les récits de Gorki, nous eûmes envie d’observer nous-mêmes cette humanité déchue. Une expédition fut organisée au marché de Khitrovo qui était l’empire des clochards.

Nous pûmes visiter librement ces grands dortoirs où, sur d’innombrables bat-flanc, gisaient immobiles, tels des cadavres, des hommes et des femmes rompus de fatigue. L’un de ces asiles de nuit abritait "l’université" des clochards : c’étaient ceux qui savaient lire et écrire et que l’on chargeait souvent de copier les rôles de nos acteurs. Nous fûmes reçus comme de vieux amis : ne nous connaissaient-ils pas en tant qu’acteurs ? Ne copiaient-ils pas nos rôles ? Nous posâmes sur la table la collation que nous avions apportée (de la vodka et du saucisson), et la fête commença.

En apprenant que nous étions venus étudier leur vie pour la représenter dans une pièce de Gorki, les clochards furent touchés aux larmes.
— Quel bonheur pour nous ! s’écria l’un.
— Mais qu’y a-t-il d’intéressant dans notre vie ? Pourquoi nous montrer sur la scène ? s’étonnait un autre. »

 

Les Bas-Fonds

Auteur

  • Traducteur
    • Génia Cannac
  • Fiche technique
    • Publié en 1962
    • 128 pages
    • Prix : 10.50 €
    • Langue source : russe
    • ISBN : 9782851810670

 

Les Bas-Fonds, conçus en même temps que Les Petits Bourgeois, est considéré comme le chef-d’œuvre dramatique de Gorki. Stanislavski, le premier, en avait assuré la mise en scène. Dans Ma vie dans l’art, il s’étend longuement sur les problèmes que la pièce lui avait posés.

« Vivement intéressés par les récits de Gorki, nous eûmes envie d’observer nous-mêmes cette humanité déchue. Une expédition fut organisée au marché de Khitrovo qui était l’empire des clochards.

Nous pûmes visiter librement ces grands dortoirs où, sur d’innombrables bat-flanc, gisaient immobiles, tels des cadavres, des hommes et des femmes rompus de fatigue. L’un de ces asiles de nuit abritait "l’université" des clochards : c’étaient ceux qui savaient lire et écrire et que l’on chargeait souvent de copier les rôles de nos acteurs. Nous fûmes reçus comme de vieux amis : ne nous connaissaient-ils pas en tant qu’acteurs ? Ne copiaient-ils pas nos rôles ? Nous posâmes sur la table la collation que nous avions apportée (de la vodka et du saucisson), et la fête commença.

En apprenant que nous étions venus étudier leur vie pour la représenter dans une pièce de Gorki, les clochards furent touchés aux larmes.
— Quel bonheur pour nous ! s’écria l’un.
— Mais qu’y a-t-il d’intéressant dans notre vie ? Pourquoi nous montrer sur la scène ? s’étonnait un autre. »